Mélancolie au Grand Palais (suite...)
Compte Rendu d'exposition, visitée le Samedi 3 décembre 2005...
Caspar David Friedrich
Le moine devant la mer
1808-1810
Huile sur toile, 110 x 171,5 cm
Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Berlin
© Jörg P. Anders
Un monde de folie ! quelle idée j’ai eu d’aller au grand palais un samedi ! Vous me direz je suis tellement (pré)occupée ces derniers temps que je n’y ai pas songé un seul instant, j’avais une irrésistible envie de profiter de mon temps libre pour me plonger dans cette introspection mélancolique et artistique qui préfigurait d’être la suite logique de ma séance de thérapie du samedi précédent, d’autre part j’avais promis à mon amie Niess’, comme je l’appelle , que nous irions ensemble.
Nous voilà donc à Paris sortie champs élysée-clémenceau ligne 1, devant le Grand Palais : Impossible de louper l’immense affiche de l’exposition.. et sous elle une file d’attente relativement rassurante car pas si longue finalement... je m’y engouffre patiemment accompagnée de mon amie. Une fois à l’intérieur il fait chaud. Je dois bien admettre que la foule promet de gâcher un peu notre plaisir, -entre les vieilles bourgeoises qui possédent le laisser-passer du musée et qui vont à l’exposition comme on achète un foulard aux Galeries Lafayettes entre le foie gras et le dessert, un samedi après-midi que l’on veut culturel.. les jeunes parents cultivés qui traînent négligemment derrière eux les pauvres petits chéris braillards et déconnectés de leur environnement habituel, les studieux étudiants qui s’installent courageusement devant les toiles pour en faire une esquisse laborieuse pendant une bonne demi-heure, et l’intellectuel parisien fort en gueule, vinassé, qui tergiverse bruyamment du pourquoi du comment du petit détail qui tue en bas à gauche, en dessous de la signature-, nous allions devoir poliment jouer des coudes pour espérer accéder aux oeuvres... *******
La première pièce comme un sas, introduit textuellement le premier chapitre de l’exposition. Et là je retrouve un extrait de mon fameux problème XXX (cf. post suivant)...
L’expositon se parcourt comme un cheminement historique des différentes époques ou la mélancolie est reconnue comme force créatrice selon différentes thématiques qui tantôt la valorise ou tantôt la montre du doigt... Tous ces chapitres convergent cependant vers cette idée que la mélancolie exprime et crée, qu’elle est aussi à travers l’art une nourriture remarquable pour la médecine, la philosophie, la poésie, et au XXème siècle la psychanalyse et la compréhension un peu plus précise des maux que sont l’acédie, la monomanie, la depression et la psychose maniaco-depressive, dont la mélancolie semble être – d’après le problème XXX d’Aristote- une expression symptômatique..
Nous voilà confrontées, mon amie et moi, à ce que nous avions craint : La foule bruyante et aglutinée devant les oeuvres, nous décidons d’un accord implicite de nous séparer pour mieux nous introduire...
Et me voici devant des amphores grecques datant du Vème siècle approximativement, magnifiquement conservées.. et présentant des thèmes mélancoliques avant l’heure, comme le célèbre épisode de Pénéloppe attendant le retour d’Ulysse en tressant ses cheveux désesperement... ou bien encore les Actes désespérés de la vie d’Ajax.
Ensuite, dans la seconde pièce, où le chapitre s’intitule le Bain du diable, de magnifiques enluminures, gravures, icônes médiévales et peintures nous montrent le point de vue religeux et inquisiteur que l’église chrétienne pose sur ce qu’elle nomme acédie -l’un des sept péchés capitaux- mieux connue sous le nom de paresse du coeur...
Troisième espace, troisième chapitre, La mélancolie s’exprime dans l’allégorique présence des dieux antiques, Les maîtres de la Renaissance vont chercher aux confins de la mythologie, les racines des maux de l’âme comme liées aux astres, et aux Dieux.. et plus que notamment Saturne..
Je navigue ensuite dans l’ésotérisme d’un XVIIème qui allie mélancolie et savoir, et les images symboliques de la mort annoncent les vanités.. On découvre les remèdes à la mélancolie, et le champ des arts et des sciences va chercher la thérapie dans les pierres précieuses, les plantes, et la musique.. on y retrouve lycanthropisme, croyances et superstitions, magie et divination, autant que mathématiques et médecines obscures...
Ensuite, et sans doute la période que j’affectionne le moins-sans doute que je ne la connais pas assez-, le XVIIIème siècle et sa peinture lisse et froide presque déjà académique, intellectualisée, et du point de vue de la philosophie Diderot et les lumières... Et en contraste la décadence, l’horreur morbide mise en scène et le sexe.. En clair, les deux pôles de ce que l’on appelle aujourd’hui la folie maniaco-depressive s’expriment ici et se profilent...
« Dieu est mort. » Nietzsche introduit le Romantisme. La période que je préfère : Romantisme et Symbolisme.. Un long cheminement pour enfin me retrouver face aux toiles dont j’aime la facture autant que l’émotion qui s’en dégage... Les larmes me viennent par moment à travers la vérité de ces angoisses qui s’expriment -la beauté des couleurs, lumières intemporelles et diffusent- et qui résonnent dans ma propre individualité. Remarquons que c’est à cette période que la mélancolie connaît l’apothéose de son expression, dans la littérature également, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire.. En Angleterre chez Keats, Byron, Wilde, Blake... Les théories philosophiques s’amoncellent, se confrontent... Et je remarque en souriant qu’une de mes toiles préférées de Friedrich a été retenue pour l’affiche de l’exposition...
Je quitte, à regrets, cette période, cet espace, pour avancer plus avant vers notre époque.. La psychiatrie, vers une naturalisation de la mélancolie, les oeuvres sont de plus en plus éloquentes quant à la folie.. des dessins emportés, des oeuvres d’artistes tel Van gogh, interné, qui dans sa fureur créatrice peint le portrait du docteur Gachet haut en couleurs... et des images chocs photographiques, qui montrent les désastres physiques qui se répercutent dans les heures les plus sombres de la mélancolie... lorsqu’elle plonge l’artiste dans la perte de lui-même et la destruction de son propre corps...
Tragique constat. Magnifiquement morbide.
Enfin, au terme de ce parcours cataclysmique.. comme un message d’espoir la rédemption des démons.. on retrouve notre lucifel -archange déchu- que Dieu accueillerait à nouveau magnifique et séduisant, mélancolique et repenti dans son royaume de lumière... L’homme voulait atteindre le ciel, les étoiles, la machine n’est plus glorifiée, Faust, figure emblématique, revient en force, portant les mythes des géants humanisés... la mélancolie comme une douleur sourde, hurle en silence... Et lorsque la tombe devient symbole de nos contes et de nos espérances... l’homme médite à nouveau sur son essence mortelle et evanescente. ******* A la sortie de l'exposition, encore sous le coup des émotions qui bouillonent. Nous voilà projettées dans l'effervescence de la consommation : la boutique du musée! evidemment j'ai acheté le catalogue-trop cher-de l'exposition, et mon amie une revue littéraire et le petit journal des expositions de la galerie... L'air parisien est devenu, à notre sortie, étrangement pur (est-ce possible?) et respirable.. Une migraine atroce, causée par les haleines de vinasses des visiteurs et les parfums bon marchés qui s'entrechoquaient, emcombrent encore nos sinus et nos esprits embrumés d'images et de questions.. C'est donc chemin faisant, de discussions et d'échanges empiriques que nous nous sommes posées autour d'un verre ou deux... dans un pub près du Châtelet..
Enfin, Et pour ma part -autre aspect mélancolique-, j'ai rejoint mon quotidien tragique dans sa banalité, et à l'issu d'une séance de cinéma tant attendu j'ai trouvé entre mes draps froids, sans mal le sommeil et le repos réparateur.. Et me voilà ici à vous conter avec délices, l'une des -trop rares- journées sublimes que l'on peut vivre dans nos vies humaines. Copyright @ TexteMelanchalys*4 Décembre 2005* Lundi 16 : dernière journée j'y étais avec deux classes, et vous savez quoi!? c'était encore pire!! AHAHAHA!
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander


Vos Empreintes...